Archive pour rencontre

CANADA – Cyclistes de passage

Au bord d’un lac

La saison est ouverte. Lorsque le soleil brille il ne m’est plus rare du tout de croiser quelques collègues cyclistes. Le plus souvent ils se cantonnent à rouler sur les portions agréables de piste cyclable. Aux USA, même sous le soleil du sud le pédaleur était rare si ce n’est dans un statut de quasi semi-professionnel. Tant et si bien que dans les derniers mois, je n’avais croisé qu’un groupe de 3 cyclovoyageurs le long du golf du Mexique. J’avais été heureux de le voir. Vous pensez donc, il s’agissait des premiers depuis la fin de la Norvège… fin août. Nos chemins allaient en sens opposés, la rencontre fut donc courte.

Cette semaine, en plus des cyclistes du dimanche j’ai rencontré deux voyageurs espagnols partis de Toronto et se rendant à Chicoutimi (où je me trouve à l’heure actuelle) pour revenir ensuite en train à Toronto. Ils voyageaient légers : uniquement des vêtements dans les sacoches, nuits en hôtel et restauration dans les cantines. Ils me rejoignirent alors que je venais de faire une petite pause au bord d’une rivière au court de laquelle, petit plaisir, j’avais substitué mon short à mon pantalon.

Voyager avec eux me donna des ailes. Ils devaient être dans la soirée à Chicoutimi. Je m’amusais à suivre leur rythme et même à ouvrir la route pendant une grosse dizaine de kilomètres. Après 40 km en commun je les libérais au bord d’une fromagerie. Eux continuèrent leur cadence effrénée – 170 kms prévus dans la journée – et moi je profitai du soleil et d’un morceau de fromage de chèvre avant de reprendre la route. Ce faisant malgré le profil montagneux de la route et un petit vent de face, je pus dépasser en fin d’après-midi et sans trop forcer la centaine de kilomètre dans la journée. Une bonne journée.

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USA – Aventure en pays amish

En pays amish

On m’avait prévenu : tu vas rentrer en pays Amish. Deux jours après mon entrée en Ohio, sur le bord de la route quelques panneaux de signalisation commencèrent à mettre en garde les automobilistes : des carrioles (buggys) étaient susceptibles d’emprunter les voies goudronnées. Il me fallut attendre quelques milles de plus pour croiser mon premier attelage. Un cheval fringuant, ½illères bien en place tirait une carriole noire à quatre roues. Au cul de la machine, un triangle réfléchissant aidé de deux petites lampes prévenaient les automobilistes par faible visibilité. Sur le devant deux lampes éclairaient la voie. Pour moi, les sabots martelant le sol suffisaient à me prévenir. Derrière une vitre protégeant de la pluie et du vent un patriarche à la barbe grisonnant et à l’air renfrogné menait l’attelage. A ses côtés, une femme (femme ou fille je ne sais pas) portait sur sa tête la coiffe traditionnelle. Me voici en pays Amish.

Sur un côté de la highway que je chevauchais, une piste cyclable m’invita à la prendre. Je m’y engouffrai, elle allait dans une direction qui me convenait. Un côté pour les vélos, l’autre pour les buggys amishs. Quelques miles et carrioles plus tard je débarquai dans mon premier village amish. La tolérance est ici de bon ton. Voitures à moteur et à cheval se partagent la route, amishs et non-amishs vivent dans de mêmes communautés. Un magasin proposait de laver autos et buggys ; au pied de l’épicerie un attelage était accroché dans un espace réservé. Je poursuivis ma route m’enfonçant toujours plus.

Je passais deux villages puis il fut temps pour moi de m’arrêter. A la sortie du troisième à la fin d’une petite côte, je m’engageai dans le court chemin menant à une ferme. Une belle grange surplombant un talus me paraissait être l’endroit adéquat pour y passer la nuit. Pas de voiture dans la cour, aucun câble n’allant jusqu’à la maison : il devait s’agir d’une habitation amish. Je frappais à la porte et j’eus rapidement confirmation. La mère de famille qui m’ouvrit, coiffe sur la tête empêchait quelques uns de ses quinze enfants de sortir alors qu’elle répondait à mes questions. Dans une pièce plus éloignée certaines de ses filles travaillaient sur un ouvrage de tissus. La femme alla trouver le père de famille alors que celui-ci revenait des champs pour le consulter.

Ils discutèrent un peu dans leur langue faite de patois allemand, je ré-expliquai au père, et le couple accepta que je passasse la nuit dans la paille de la grange. Ne pas faire de feu fut la seule consigne. Je m’installais discutant successivement avec les deux fils aînés. Ils me racontaient un peu leur vie, m’interrogeant sur ce que je faisais. Le père revint après avoir rangé un vieux tracteur (petite dérogation à la tradition). Ils continuèrent à me parler de leur manière de vivre ignorant la modernité : leurs écoles à porter de marche à pied, leurs quarantaines de vaches à traire à la main, leurs chevaux, leur langue, leur organisation religieuse tournante (chaque maison tour à tour sert d’église). Finalement le père après avoir pris l’avis de sa femme m’offrit de dormir au chaud dans leur maison. Je ne refusai bien sûr pas. La discussion se poursuivit dans la soirée à la lumière des lampes à pétroles (et des quelques lampes électriques). Eux allait se lever à 5h pour la traite, moi je poussais en faignant que je suis mon sommeil au delà des 7h. Je loupais la prière matinale. Un bon petit déjeuner arrosé de lait frais et je repris la route.

USA – Sans glaçons s’il vous plait – 24/03/2009

Bivouac

Ce matin-là j’avais jugé bon au vu du vent de modifier ma route. Mon choix s’était avéré judicieux, une bonne brise m’avait transporté toute la journée. En soirée, au sortir d’un petit bosquet une petite ferme, les deux ou trois étables qui l’entourait et quelques pâturages me faisaient espérer pouvoir y trouver un refuge pour la nuit : la nuit s’annonçait mouvementée. Premier bon signe la ferme ne semblait pas abandonnée : un pickup rouge pour le moins l’habitait.

Je frappais à la porte. Un petit chien à la gueule écrasé vint me répondre suivi de près par sa maîtresse. Présentation habituelle. J’expliquai ce que je cherchais. Emportant mes bouteilles pour les réapprovisionner elle alla consulter son mari. Ils revinrent tous les deux, m’offrant leur grange pour la nuit. La douche fut le cadeau supplémentaire de leur part.

Tout heureux, je m’installais dans ma nouvelle maison, prêt à affronter le grain qui approchait. Mon campement en place je me désaltérai d’une lampée de mes bidons fraichement remplis. Et l’eau était bien fraiche. Mes hôtes, à l’américaine, y avait glissé des glaçons. Peut-être faudra-t-il qu’à l’avenir je précise que je désire mon eau sans glaçon…

USA – C’est pas l’Larzac. Présumé coupable

Source

Fremont, Missouri. Je me voyais bien y passer une nuit sympathique. Une semaine et demi que je montais et descendais au grès de ma route à travers le plateau Ozark. Une communauté avec un nom sonnant français me paraissait toute désignée pour me donner un peu de repos. Au bas d’une descente, un élevage canin et surtout de superbes étendues vertes n’attendant plus que ma tente. Je frappai à la porte. La propriétaire apparut et me fit une réponse qui sonnait comme du déjà entendu. Elle me désigna amicalement un endroit qui conviendrait à coup sûr : au milieu du village, un parc avec des tables. Personne ne viendrait m’y embêter me disait-elle.

Arrivant au centre du village, je découvris le parc qui s’apparentait plus à la place centrale. Impossible d’y passer inaperçu. Je me mis donc en quête de quelqu’un pouvant me confirmer que je n’aurais pas de problème. Une voisine m’indiqua que personne n’était vraiment responsable mais elle ne voyait pas d’inconvénients à ce que je plante ma tente. Je lui demandai si il n’y avait pas un représentant du comté à vivre ici. Elle m’indiqua la maison du Shérif. Parfait pensais-je. Lire le reste de cette entrée »

USA – Un étrange Mardi Gras

Mardi gras

Le mardi gras de la Nouvelle Orléans est réputé pour son grand n’importe quoi. Nous sommes bien loin des carnavals bon enfant de nos campagnes. Bien sûr l’origine est catholique et française : antépénultième souvenir de la Nouvelle France. Durant plus d’une semaine le coeur de la ville est asphyxiée par des fêtards des quatre coins des Etats-Unis et du monde – même le naked cowboy de New-York est de la partie. Bières et alcools de toutes sortes coulent à flot, artistes de rue se relayent, la police empêche les voyageurs à vélo de passage de vendre des photos et tout le monde (ou presque) se prête au grand jeu des colliers.

Dans Bourbon Street, artère principale de la fête, des privilégiés fortunés ou invités par quelques sociétés sont installés aux balcons des immeubles coloniaux. Dans une main, un verre, dans l’autre quelques colliers de perles de couleurs. En dessous chacun se bat à se faire remarquer de ces nouveaux maîtres pour que l’un d’eux daigne accorder son attention et faire don d’un de ses colliers. Les idées ne manquent pas pour atteindre son but mais les « show me your tits » (« montre moi tes seins ») restent indétrônables – à noter cependant une légère variante en dessous du balcon qui annonce ses couleurs gay avec un « show me your dick »…

Et puis au milieu de cette foule, vous pouvez croiser quelques évangélistes qui essayent de ramener le tout un chacun sur le bon chemin, une bible à la main. Je pense que si mon séjour à la Nouvelle-Orléans ne s’était pas déroulé de la manière que je vais vous conter, je n’y aurais pas fait attention. Après tout, quoi de plus normal que de trouver quelques soldats de l’armée de Dieu dans cette foule qui doit rester malgré tout quelque peu représentative de la société Étasunienne… Mais voici comment les choses se sont déroulées.

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USA – Les pyjamas rayés

Hier matin, je me suis réveillé au pied du commissariat qui avait bien voulu me prendre sous son aile pour mon unique nuit en Alabama.

Émergeant de ma tente, je ne m’attendais pas pas à ce spectacle. Une petite huitaine de détenus dans des pyjamas rayés dignes des Daltons – à la couleur prêt – se baladait tranquillement en dehors des murs de leur prison. Certains fumaient leurs clopes pendant que d’autres se contentaient de discuter.

Une fois mon paquetage refait, j’eus l’occasion de discuter avec eux pour découvrir qu’ils attendaient avant de rejoindre une zone de travaux publiques. J’avais vu à plusieurs reprises sur la route des panneaux indiquant des « prisonniers d’état travaillant » mais à chaque fois les chantiers étaient fantômes.

J’avais devant moi quelques délinquants – sûrement quelques histoires minimes – filles ou mecs, blacks, blancs ou hispaniques, jeunes ou vieux. Que dire sinon que ces hommes et ces femmes étaient bien loin de l’image que la culture américaine s’amuse à véhiculer… Souriants, gentils, non-agressifs, accueillants. je crois même avoir aperçu quelques étoiles brillées au fond des yeux de certains lorsque je racontais mon histoire.

USA – journée cadeaux

Sundance

Il y a des journées assez étranges comme cela, des jours pendant lesquels tout le monde est agréable. Ils peuvent être rares, il faut les apprécier. Lundi dernier fut pour moi un de ceux-là.

Je débutais la journée en me levant dans un lit king size. Fred et Linda, un couple rencontré la veille, m’avait invité à dormir chez eux et à profiter de leur chambre d’amis. J’acceptai bien sûr avec plaisir. Au petit matin donc, j’eus le droit à un petit déjeuner en bonne et due forme avec un petit surplus sous forme de french toast… une bonne manière de commencer la journée. Mes hôtes devant sentir que ma foi n’était pas exemplaire agrémentèrent mon cour séjour de deux petits cadeaux de départ. Le premier fut une bible de poche… instrument indispensable du voyageur états-uniens ; le second, une prière en cercle autour de mon vélo pour me porter chance. Ainsi un peu mieux équipé, je repris la route.

Le midi ce fut un chanteur de country qui me fit le plaisir de son amitié et de quelques CDs. Le soir les pompiers qui m’hébergèrent m’offrirent un T-shirt de leur caserne. Autant vous dire que je ne suis pas à plaindre…