Archive pour nourriture

USA – Le temps du matin

Parmi tous les moments de ma journée américaine il en est un que j’apprécie : le petit déjeuner dans un petit resto de campagne, un greasy spoon (une cuillère graisseuse). Je n’y vais pas tous les matins mais si mes finances de la semaine et la générosité de mes rencontres le permettent. Il s’agit chaque fois de moments perdus dans le temps. Seul le journal du jour permet de vérifier que l’horloge continue de tourner.

Les banquettes molles, la déco coca-cola, les serveuses, la vieille radio, quelques fois des jukeboxs individuels, les habitués qui s’y retrouvent tous les matins – quelques fois l’un d’eux manque, il s’en est allé -, les familles qui le weekend viennent y partager du temps ensemble, les commérages qui vont bon train et des assiettes bien garnies.

Un café, des french toasts – du pain perdu sans pain racis… le pain américain ne racis pas… il part en miettes – ou des pancakes, des oeufs – comme tu les aimes -, de la viande – links, patty, bacon, …-, un peu de jus, des céréales et de la bonne humeur. De quoi nourrir son homme.

CANADA – Un plat comme il faut

Dans la nourriture du cycliste, les pâtes ont une place sacrée. On ne saurait imaginer Lance Amstrong gagnant un huitième tour de France consécutif (dans la continuité de sa carrière…) sans pour l’aider dans sa tâche un bon plat de pastas préparé par les meilleurs diététiciens.

Depuis que je suis parti j’en ai avalé des kilos de macaronis ou autre spaghettis (même si je ne suis pas fan de ces dernières). Mais voici une chose bien étrange : une bonne quinzaine de jours après avoir quitté Québec-ville, je n’ai toujours pas entamé le kilo de pâtes que j’avais acheté sur place.

Bien sûr il faut voir ici – en parti – une certaine fatigue du froid persistant qui m’a poussé plus que de coutume à aller dévorer quelques poutines (plat sur le pouce de frites et de fromage fondu pouvant être diversement agrémenté) dans les cantines croisées sur mon chemin, mais c’en est pas l’unique raison.

J’avais commencé à manger des flocons d’avoine alias du gruau, alias du porridge, alias oatmeal, alias du truc bon pour les chevaux comme complément/dessert de mon alimentation. Les semaines et les mois passant voici l’avoine devenu un de mes mets principaux : je me rapproche de plus en plus de l’état de mule.

Yeux sensibles s’abstenir, voilà la recette ultime qui est sorti de mes casseroles depuis quelques jours.

  • Faire bouillir deux tasses d’eau – pour un plat plus ultime qu’ultime, l’idéal serait de faire une tasse d’eau et une tasse de lait non écrémé.
  • Y ajouter tout en mélangeant une tasse de flocons d’avoine en maintenant le tout à feu doux
  • Mélanger jusqu’à obtenir la viscosité souhaitée
  • Retirer du feu
  • Ajouter un cuillère à soupe et demi de sucre en poudre
  • Adjoindre deux cuillères à soupe de riz (préalablement cuit… j’en stocke en réserve dans mon thermos)
  • Malaxer pour obtenir une densité uniforme de grains de riz
  • Pour parfaire, oser incorporer au mélange une grosse grosse poignée de pétales de maïs (des corn flakes quoi !)
  • Déguster pendant que c’est encore chaud

Entourer ce plat d’un légume en entrée et d’un fruit en dessert et voici un repas du soir qui permettrait à Lance de gagner le Giro en plus du Tour de France.

USA – Dimanche de pâque ou les intentions new-yorkaises

Décorations de Pâque

La veille du dimanche de pâque j’avais pu appeler ma famille en France et eux s’étaient fait un malin plaisir à se moquer de moi arguant que je n’aurais le droit ni aux oeufs en chocolat ni à un traditionnel bon repas. Et pourtant ma pâque se déroula d’une manière idéale. Comme un condensé de la gentillesse que j’avais pu côtoyée en une dizaine de jours dans l’état de New-York, les habitants se surpassèrent de petites intentions.

Au cours de la semaine qui s’était écoulée un curé avait renfloué mes finances, une patronne de snack m’avait offert un petit déjeuner gargantuesque, un couple avait rempli mes sacoches de snacks et de fruits, des cyclistes m’avaient payé des cafés pour me réchauffer et donné de précieuses indications pour me diriger, et pour finir on était venu me chercher spontanément en voiture à la sortie d’un bibliothèque pour m’offrir de dormir dans une étable.

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USA – Sans glaçons s’il vous plait – 24/03/2009

Bivouac

Ce matin-là j’avais jugé bon au vu du vent de modifier ma route. Mon choix s’était avéré judicieux, une bonne brise m’avait transporté toute la journée. En soirée, au sortir d’un petit bosquet une petite ferme, les deux ou trois étables qui l’entourait et quelques pâturages me faisaient espérer pouvoir y trouver un refuge pour la nuit : la nuit s’annonçait mouvementée. Premier bon signe la ferme ne semblait pas abandonnée : un pickup rouge pour le moins l’habitait.

Je frappais à la porte. Un petit chien à la gueule écrasé vint me répondre suivi de près par sa maîtresse. Présentation habituelle. J’expliquai ce que je cherchais. Emportant mes bouteilles pour les réapprovisionner elle alla consulter son mari. Ils revinrent tous les deux, m’offrant leur grange pour la nuit. La douche fut le cadeau supplémentaire de leur part.

Tout heureux, je m’installais dans ma nouvelle maison, prêt à affronter le grain qui approchait. Mon campement en place je me désaltérai d’une lampée de mes bidons fraichement remplis. Et l’eau était bien fraiche. Mes hôtes, à l’américaine, y avait glissé des glaçons. Peut-être faudra-t-il qu’à l’avenir je précise que je désire mon eau sans glaçon…

USA – L’impossible réalité d’une imitation de ce qui n’existe pas

J’essaye de surveiller un minimum mon régime alimentaire pour éviter toute défaillance. Je ne tiens bien sûr pas un compte des calories ingurgitées; ni ne vérifie que j’obtiens bien mon ratio quotidien de vitamines B2. Cependant je diversifie mon alimentation journalière pour plus ou moins donner à mon organisme tout ce qui lui est nécessaire.

Un laitage le matin (pas tous les jours mais 4 à 5 fois par semaine) et des tranches de fromage me permettent de m’alimenter en calcium. En fait de fromage, il s’agit bien sûr de cheddar. Pas de camembert ou de bleu à disposition.

Et puis alors que je me réapprovisionnais dans un petit magasin sur ma route, je tombai sur une maigre vitrine de produits frais. Côté fromage, un seul choix. Le prix était correct, je l’achetais.

Le lendemain midi je m’occupais un peu durant ma pause déjeuner en lisant les informations nutritionnelles de mon nouveau fromage. BOUM ! Un monde s’écroula autour de moi. Tous mes repères disparurent. Un cheddar sans calcium ! Je retournai mon paquet côté recto : imitation de fromage pasteurisé.

Quelques industriels ont réussi à pousser le vice jusqu’à imiter quelque chose sans goût…

SIBERIE – Le retour du garde à manger

Un peu de graisse

J’avais décrit mon garde à manger lorsque je me trouvais en Europe du Nord. En y repensant cette semaine sur la route, les conditions climatiques et le mode de vie russe l’ont bien changé.

Les fruits et légumes frais ont quasiment disparu. Je mange à peine un fruit par jour, pomme ou orange. Un magasin sur deux dans lesquels je m’approvisionne n’en vend même pas. Et il me faut les protéger de la congélation.

Les -20° quotidiens dans lesquels je suis plongé depuis un mois et demi m’obligent à adopter une nouvelle stratégie de vie. Dans mes poches je glisse donc les fruits lorsque je peux en acheter, et sous ma veste j’abrite ma nourriture fraiche dans un sachet. A l’intérieur, on y trouve du pain – gris le plus souvent – un morceau de saucisson/cervelas, un yaourt de temps en temps et puis du salo. Le salo est un des compagnons préférés avec la vodka du travailleur sibérien. Il s’agit de morceaux de couenne de porc bien gras préparés avec parfois un peu d’herbes et salés à souhait.

Dans mes sacoches, en fouillant un peu il y reste encore un peu de farine, des flocons d’avoine et un paquet de pâtes. Pour accompagner ces vestiges de ma première vie cycliste je stocke deux ou trois conserves – pâté, lait concentré – collectées au hasard des mes arrêts et des gâteaux secs pour grignoter.

Une fois sur la route, je ne déjeune pas véritablement mais coupe ma journée de pauses régulières que je minimise en durée pour éviter de me refroidir. Je m’alimente alors en sortant mon trésor de dessous ma veste et m’hydrate en buvant une tasse de thé – chaud le matin, froid en fin d’après-midi. Une première thermos conserve mon thé, un seconde me permet de garder de la soupe pour la soirée.

Et ainsi je vis.

RUSSIE – En attendant le loup, je mange

Mon ami Kola

Chevauchant son side-car dans la plaine russe, Kola passa une première fois, repassa. Nous engageâmes une conversation, il disparut. Il n’était pas bien âgé, une douzaine d’année tout au plus, mais indéniablement intelligent. Il comprenait avec une rare rapidité ce que j’essayais de lui expliquer moitié en mauvais russe, moitié en français. Il revint pour m’accompagner dans mon repas avec une jolie curiosité.

Le soleil se couchant, l’homme se devait de faire de même. Mon duvet m’accueillait donc à nouveau, fidèle compagnon de mes nuits vagabondes. Et puis voici qu’un bruit de moteur vrombit. Mon ami Kola était de retour, transformé en messager.

En premier il m’offrit un cadeau de ses parents, un grand pot de fromage frais. En second, il me porta un message d’alerte avec une gravité non feinte : attention aux loups.

Les voici donc ces fameux bêtes. Les nuits en pleine cambrousse ne serait donc plus les bienvenues.

Je pris note de l’alerte, mais surtout je me délectais ce fromage frais. Je l’avais désiré quelques semaines auparavant dans la laponie finlandaise. Je m’étais imaginé le déguster avec sel et poivre sur une bonne tranche de pain. Voici que la Russie m’offrait ce plaisir. Je ne manquais pas d’en profiter.

Quant aux loups, je ne les ai pas encore vus, mais je regarde différemment ces vachers qui restent auprès de leurs troupeaux des heures durant, mégots au bec avant de ramener les bêtes à la nuit tombante.