Archive pour Dérapage

Le vélo

Sympathique 🙂

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ITALIE – Retrouvailles – Catagne – 01/01/2010

Je descends en fin de journée de mon avion. Mes bagages récupérés, je n’ai pas à attendre ma compagne qui patiente accoudée à l’escalier. Ses langoureux pneus caressent le sol.

En spirale autour du guidon, la nouvelle parure de guidoline a souffert du voyage. Lacérée elle suggère maintenant le métal nu qui m’attend dans toute sa froideur.

Les retrouvailles sont violentes. Je sens sa poitrine se gonfler au contact de la bouche d’acier de ma pompe. Son corps se détend, près à l’action.

Je la déshabille et la transforme. Je redeviens nous.

CANADA – Crédit douche

Dans la vie d’un vagabond cycliste, il y a deux luxes : dormir au chaud par une fraiche nuit d’hiver (voir de printemps lorsque le précédent tarde à s’envoler) et pouvoir prendre une douche par semaine.

Bien se laver une fois par semaine, je n’en demande pas plus. Pour le reste je m’arrange pour faire un brin de toilette régulièrement au pied d’une rivière ou à un lavabo croiser sur la route. Et puis quelques fois les opportunités de prendre des douches se condensent et se multiplient. Aux Etats-Unis surtout, souvent lorsqu’on me proposait de me laisser la salle de bains, je me voyais réfléchir et raisonner d’une bien étrange manière : je me suis douché voici deux jours, je veux bien votre salle de bain, mais pour dans trois jours.

Combien de fois j’aurais souhaité pouvoir créditer ce qui pour moi était du surplus de douches sur un compte pour ensuite les débiter en période de disette. Et cette semaine encore sur la piste cyclable du p’tit train du Nord, chaque jour des douches me tendaient les bras dans les anciennes gares aménagées le long de cette ancienne ligne de chemin de fer de 230km. Bien trop pour moi, bien trop…

USA – Nouvelle mission pour l’homme invisible

La ville de Metropolis est toute proche. Une statue et un musée y seraient dédiés à Superman, le plus grand des super-héros (après SuperDupon(d)t). Mais il faut bien se rendre à la triste évidence de notre morne réalité Superman n’existe pas. En tout cas, je ne l’ai pas encore rencontré. Il est un autre super-héros qui court les rues : l’homme invisible.

Depuis que je suis aux Etats-Unis je ne cesse de le voir régulièrement. Mon trouble est que je ne sais pas si il s’agit d’un seul homme où d’une armée… because son invisibilité. Les circonstances sont toujours les mêmes. Il est au volant d’une voiture presque banalisée – seul un autocollant de la Poste permet de différencier son véhicule. A sa droite un passager distribue le courrier dans les boîtes-aux-lettres – sans descendre de voiture : fenêtre ouverte, le boulot est effectué.

Quel étrange danger peut-il bien peser sur les postiers pour que l’homme invisible leur soit attribué comme garde du corps… une nouvelle question à élucider.

USA – Le voyageur

Dans la taverne de mid-Louisiane des bruits commençaient à courir concernant l’étranger. Il viendrait de par delà les océans. Une mission commandée par notre bon Roi, mais sans autre moyen pour la réaliser qu’un vieux canasson. Quelle mission ? Nul n’en savait rien. Mais il était là alors autant en profiter.

Un tenancier livra un pichet de bière pas fraiche à la table de l’inconnu et la petite communauté se mit à bourdonner autour de lui.

  • Mais oui ma petite dame, la royauté ne s’est jamais aussi bien portée. Le prince héritier est déjà aux affaires et des rumeurs courent sur une possible grossesse de la reine

  • Des troupes revenaient d’au delà de la montagne Oural lorsque j’ai pris la mer. Ils y auraient trouvé des peuplades accueillantes.

  • J’ai croisé quelques trappeurs venant du nord il y a quelques jours. La situation n’a pas l’air fameuse. Ils descendent plein sud pour trouver du gibier.

  • On m’a parlé de cette tempête…un bien mauvais moment …

  • ….

  • C’est pas tout ça mais faut que j’aille à la pêche. A la r’voyure !

USA – Un nom pour mon bicloune

Au début de mon périple je me demandais si j’allais donner un nom à ma monture. Je pensais alors qu’il s’imposerait peut-être de lui-même au fil du temps et des difficultés. Chaque grand aventurier cycliste sut avant moi donner un nom cinglant et romantique à son coéquipier de galères : rossinante, grimpe-tout, … Peut-être tout simplement parce que je n’atteins pas le bas de la cheville de mes glorieux ainés, aucun éclair divin n’avait gravé sur une pierre de mon chemin le nom de baptême à donner à mon destrier. Je continuais donc à l’appeler « mon vélo ».

Petit détail amusant par ailleurs, aux gens que je rencontre je ne dis pas « je voyage en vélo » mais « je voyage avec mon vélo ». Même sans nom il est quelque chose qui m’accompagne avant d’être un moyen.

Cette semaine, un événement a peut-être changé la donne. Sous les coups de butoir de mon mollet et de ma cuisse gauche – associés je pense à une attaque vice-larde durant le transport en avion – ma pédale gauche commença à rendre l’âme. Je me mis en quête d’une remplaçante du même calibre, mais les seules postulantes au poste s’avérèrent de piètre qualité. Par défaut j’en choisis une. Et ainsi mon vaisseau devint bancale comme un pirate à la jambe de bois. Patte cassée pourrait être ce nom que je ne cherchais pas vraiment.

USA – Les cuirs sont de sortis

Mes potes

Ce matin les cuirs sont de sortis. Ma Harley trépigne depuis une semaine dans le garage. Elle est aujourd’hui un peu plus excitée. Elle sait qu’elle va sortir. J’allume les néons du garage et ses chromes se mettent à scintiller. Le lasso s’envole et m’attrape. Sur le réservoir elle affiche fièrement ses origines. Ma machine n’est pas de celle qu’on importe, elle est bâtie pour mon pays. Elle caresse mon égo. Son décolleté laisse apercevoir ses larges poumons. Elle dompte ma virilité. Elle m’appelle à la chevaucher. Je sais que j’y serai bien.

Les gamins sont en garde chez grand-mère. On ne les aura pas dans les pattes du weekend. Je suis sûr qu’ils vont s’amuser avec leur bébé Harley pendant deux jours. Des petites graines d’Atila des routes. Maman ne va plus venir s’immiscer. Elle a maintenant son joujou.

Qu’il était difficile de m’envoler en sentant le sur-poids et le déséquilibre produit par les grosses fesses flasques de cette femme appelée ma femme. Elle a maintenant son Harley. Alors bien sûr il a fallu s’arranger un peu avec le dogme. Son cheval a donc trois pattes ; trois roues qui lui permettent de garder son équilibre qu’elle aurait si précaire autrement. (Remarquez au passage que cela me permet de pouvoir m’évader librement le dimanche matin en bike à pédales). Elle continue à nous suivre mais elle n’intervient plus. Je suis libre de mes ébats.

Mon pantalon de cuir noir est enfilé depuis longtemps. Je me colle ma barbe postiche au visage, je me saisis de ma veste avec un aigle sur le dos. Mes lunettes noires sur le nez, me voici parti pour mon moment de liberté.