Archives de Amérique du Sud

BRESIL – Malaise – 12/11/2009

Dormir à l’hôtel, manger au restaurant. Ceux-ci sont des bouibouis, ceux-là des -1 étoile mais malgré tout depuis que j’ai débuté mon périple en Amérique du Sud je suis dans un luxe que je n’avais pas connu et que je n’avais pas souhaité. J’ai un peu le sentiment d’avoir dénaturé le sens de mon voyage, de mon vagabondage. Quelques euros pour une chambre, il est facile de céder. Je perds le plaisir de chercher, le plaisir de me réveiller au milieu de nulle part, une partie de ma liberté. Peu à peu nait le sentiment que mon aventure devient conventionnelle, que je pourrais vivre la même chose durant mes vacances annuelles de travailleur (presque) modèle. Durant un an et demi je me suis approché de l’état de vagabond. Je deviens voyageur-touriste.

Reprendre le chemin du vagabondage en Amérique du Sud ? Je n’y crois pas. En acceptant mon image de gringo, j’ai changé de route. Pendant longtemps je fus celui qu’avait pas grand chose, celui qui dans un sens était en droit de mander la charité. En Amérique du Sud je suis devenu celui qui a. Celui qui peut voyager, celui qui a le droit de traverser la frontière, celui qui a des économies. J’ai perdu le droit de demander. J’en arrive à penser qu’il est injustice que je puisse voyager. Ma présence elle-même me semble être un manque de respect.

Je rentre en France.

BRESIL – 55 km parcourus… je termine sur les rotules – 2/11/2009

La piste devait être roulante, facile ou en tout cas plus facile que ce que je pourrais rencontrer en allant vers Cuiaba (centre du pays). A voir la vitesse à laquelle déboule certains 4×4 cela semble vrai… pour eux.

Naïvement j’espérais une belle piste, naïvement je m’attendais à traverser des territoires plats. Sur place j’enchaîne côte sur côte. Dans les montées parfois je pousse jamais je ne vais vite. Dans les descentes je dois garder les mains sur les freins si je ne veux pas voir une sacoche volée ou un rayon explosé. Ornières, rides, nids de poule, pavés de terre descellés et parfois ça roule. Je n’avance pas et me fatigue. Les descentes, trop courtes, m’obligeant à rester debout sur les pédale, ne me permettent pas de me reposer. Et dire que pour l’instant il ne pleut pas…

Il fait chaud. L’ombre n’est pas facile à trouver : sur ma droite la forêt dans toute sa densité, impénétrable et aux bruits étranges, sur ma gauche souvent des zones défrichées. Tous les 20km des zones un peu habitées où je peux faire le plein d’eau. Je ne prends pas le temps de traiter cette eau. Sûrement une erreur mais pour l’instant mon estomac se porte bien. Les arrêts sont toujours agréables. Ici on m’offre un repas, là quelques fruits, quasi-systématiquement on me propose de l’eau fraiche plutôt que l’eau tiède à la sortie du puis.

Enfin la circulation se densifie un peu. J’approche de Ruropolis, plus de 215km depuis Santarem, 3 jours. Pendant un moment un cortège de deux motos m’accompagne. A l’entrée de la ville ma route vient mourir contre la piste transamazonienne. Je peux aller à droite vers Cuiaba ou à gauche vers la côte ou Brasilia, je peux continuer en vélo ou prendre un bus. Je dois choisir.

Pour le moment je me dirige vers la place centrale. Un camion de transport sert de sound-system pour la gargote centrale. Autour quelques groupes de jeunes boivent bières ou coca. Je gare mon vélo. Mes chaussures, mes jambes, mes vêtements sont rougis par la poussière. Tout est trempé de sueur. L’humidité est telle que je ne sèche jamais. J’ai l’impression de ne pas avoir vu la civilisation depuis des semaines. Je me dirige au bar et commande une bière.

BRESIL – Sitio Ideal, km 97 – 31/10/2009

Je commence une nouvelle tranche de mon voyage. Depuis Santarem, je quitte le fleuve amazone pour aller à la découverte de la forêt et de ce que les hommes en font. Cette première journée je la passe sur de la route goudronnée. Un petit vent parfois même me pousse. Il fait chaud bien sûr, il fait humide bien sûr mais je roule bien. Après une pause boisson dans un micro-bar en milieu d’après-midi la pluie s’invite. Violente et bienvenue.

En fin d’après midi, je rentre dans une petite propriété. Sous un porche entre deux maisons quelques personnes autour de bouteilles et du frigo. Avec mon portugais balbutiant j’explique que je souhaite installer mon hamac à celui qui me semble le plus causant. Il transmet ce qu’il comprend à la belle-mère sur le côté. Elle va réveiller son mari en train de cuver un trop plein de vodka. Il marmonne quelques paroles incompréhensibles qui traduites par l’entourage se transforment en un oui. Je peux poser mon hamac à l’abri sous un petit hangar. Bientôt ils me proposent un verre… de vodka (et la cachaça alors ?). J’en accepte un et refuse poliment les autres.

Seuls le vieux et son beau-fils boivent. Les trois autres hommes de la famille et les femmes ne prennent que du cola. Ceux-là monopolisent la conversation pendant que ceux-ci écoutent et rigolent. Je ne me sens pas forcément à l’aise, j’ai le sentiment profond qu’ils se moquent bien de moi. Lorsque le beau-fils prend mon dictionnaire de poche et fait mime de se torcher avec, je pense  qu’il serait mieux de quitter les lieux et trouver un nouvel endroit où dormir. Heureusement un des fils comprends la situation et m’invite à quitter le porche pour rejoindre la grange. Sauvé.

Installés au calme nous pouvons discuter. Bientôt il me propose une assiette de riz et de gibier venant de la forêt. Quel gibier ? J’en ai aucune idée…
8h30 je m’endors.

BRESIL – Je cherche une route

Pour ma descente de l’Amazonie, j’avais embarqué dans mes bagages l’espoir de pouvoir prendre la route depuis Manaus en direction du Sud pour rejoindre Porto Velho. Il a fallu que je revois mes plans. Il fut un temps où la piste existait. Dans un sens, c’est encore en le cas il faut seulement accepter d’user de la machette sur quelques centaines de kilomètres (D’après les informations recueillies sur place). J’eus d’abord peur de devoir garder inassouvi mon désir de rouler dans la forêt amazonienne et finalement une route s’est dessinée sur la carte : de Santarem jusque Cuiaba, porte vers le Pantanal. Plus de 1500 km de piste que les bus arrivent à parcourir en une cinquantaine d’heures. Il m’en faudra assurément quelques unes de plus. Encore quelques jours de bateau en prévision pour rejoindre Santarem.

BRESIL – Jeu d’enfant

De la frontière péruvienne à Manaus, un bateau évangéliste. Rien de très méchant en soit si ce n’est que le bar ne vend pas de bière. La déception pour les touristes embarqués. Interdiction aussi d’apporter de l’alcool depuis l’extérieur. On se rapproche de la limite. Pour épancher sa soif de houblon, il faut profiter des arrêts. Le bateau accoste. En groupe les touristes et quelques brésiliens se précipitent à la première gargote venue. Nous nous délectons du frais breuvage. La sirène annonce le départ imminent, nous terminons nos verres en vitesse. Avant de rejoindre l’embarcation je fais remplir une gourde de bière. L’air de rien je rembarque avec le produit illicite sous le bras. En période de prohibition, il faut savoir assurer ses réserves.

PEROU – Vie à bord

1er appel – Un peu après le lever du soleil, le chef-cuistot fait claquer une grosse cuillère sur un morceau du navire. J’ouvre à peine les yeux et déja une longue file de passagers avec leurs gamelles attendent patiemment leurs tours. Je laisse défiler quelques minutes. J’enfile mon short, me lève, saisis ma casserole et ma cuillère pendue à mon hamac et me positionne en bout de file. Lorsque je me présente à lui, sans un sourire le chef-cuistot saisit ma gamelle et valide mon billet comme une carte de rationnement. Je mange le pain beurre et le pain jambon, je bois la mixture servie que je n’ai pas encore identifiée. Je profite de la lumière du matin qui vient éclairer les berges et la forêt tropicale qui les surplombent.

2nd appel – Je me suis endormi dans mon hamac un livre à la main. A nouveau le gong sonne. Il est la moitiée du jour. A nouveau je laisse la file se rappetisser un peu. Pour changer du riz est au menu. Les gamelles sont copieusement garnies. Poulet ou autre, la viande est bonne. J’enchaîne mon repas avec une petite marche et une grosse sieste digestive. Au réveil, je discute un peu avec les voisins, rêvasse, bouqine ou tout simplement me rendors. Le long film vert qui est projetté de chaque côté du bateau est parfois perturbé par un petit village, une habitation isolée ou un canot. Quelques secondes, puis la calme monotonie revient.

3ème appel – La fin de la journée, le dernier repas est appelé. Toujours le même cérémonial. Mes voisins parfois viennent me rappeler que le dïner est « servi ». Ils ont compris que je suis plutöt du genre dormeur. Ensuite vient l’heure de la douche. Une vraie croisière de luxe. Et doucement la nuit se fait. Au cul du bateau je me brosse les dents en regardant le soleil venir se baigner dans le fleuve.

PEROU – Le bateau immobile, Yurimaguas – 12/10/2009

Histoire d’information… dans la rue ou à l’hôtel où j’étais descendu, tout le monde s’accordait pour me dire que des bateaux partaient le lundi midi pour Iquitos. Seul un guide qui avait tenté de me hamçonner me présenta une histoire différente : « ils vont te dire qu’il y a des bateaux, mais c’est faux, ils se contentent de charger. Ils ne partiront que demain ». Considérant qu’il essayait de me vendre un tour guidé, je pris son avertissement avec précaution, et préférai sur le coup de midi aller sur place cueillir l’information. Lire la suite »