Archive pour Alberta

CANADA – Savourer

Parcs Nationaux des rocheuses canadiennes. J’achetais un pass pour 1 jour. J’en passais 3 et demi.  J’y ai dévoré chaque instant, chaque monté de ces montagnes que j’attendais depuis mon débarquement à Miami.

L’ennuie qui avait sorti le bout de son nez au détour d’un pin de la forêt boréale dans le vent et la pluie de l’Ontario s’est maintenant terrée dans les grottes des montagnes. Preuve d’un moral au plus haut, ma vaisselle est d’une propreté impeccable (ou presque). Ces derniers temps je rechignais à laver ma gamelle. Une fois mon repas ingurgité et un nettoyage rustique à la mie de pain réalisé je m’empressais de me réfugier dans la chaleur et le confort de mon duvet. Avec les rocheuses je prends le temps de savourer chaque bivouac… clandestin

Car il m’a fallut rentrer en clandestinité, prendre le maquis pour pouvoir profiter pleinement de ces rocheuses. Ne pas aller dormir dans les campings du parc, profiter des aménagements pour protéger sa nourriture des grosses bêtes à poils, ne pas se faire contrôler et apprécier.

Ainsi il y a quelques jours je suis allé squatter un camping encore non ouvert. Un abris de picnic me servit de toit pour la nuit. Dans le poêle central je fis brûler un peu de bois (les nuits sont fraiches). Au beau milieu de la forêt lorsque je me couchai, rien d’autre que les bruits de la nature. Les sons suspects me tinrent d’abord éveillé. Je ne ferais pas le poids avec mon petit couteau face à un de nos gros amis à quatre pattes. Et puis fidèle à mon habitude je ne tardai pas à m’endormir. Au petit matin (à 8h), en me réveillant je me sentis encerclé : de tous côtés des bruits de tronçonneuses. Par moment de grands boums annonciateurs d’un arbre abattu venait perturber le rythme régulier des moteurs. Le déjeuner avalé et mes affaires rangés il me fallait me faufiler entre les mailles de ce filet. Abattre une forêt pour m’arrêter, je trouvais ça un peu excessif. A la boussole et à l’oreille je me faufilais jusqu’à la route à travers bois, poussant mon vélo (pas de meilleur échauffement). Finalement je distinguai une ligne de goudron et ce fut la libération. J’enfourchai mon engin et m’éloignai de ce piège.

Et sinon j’ai rencontré des cyclistes de toute sorte. Les vacances sont là. Je n’ai plus qu’à parfaire mon bronzage de cycliste. Pour le moment il n’y a bien que mes mains qui sont un peu halées (et encore le bout des doigts qui joue à cache-cache avec mon guidon est bien pâlichon).

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CANADA – D’une province à l’autre – 22/06/2009


Resto chinois, Holden

Mise en ligne par Romain P

Fin de l’Ontario, Sioux Lookout. Je me suis écarté de la route principale. Comme souvent je vais un peu plus au nord. Dans quelques heures un train m’enlèvera de cette petite ville et en une journée et demi me transportera dans l’ouest canadien. Je supprime les plates prairies de mon itinéraire à pédales.

Quelle étrangeté que le service de train au Canada. Il y a quelques jours j’espérais pouvoir embarquer à Thunder Bay : ville de plus de 200 000 habitants, nœud incontournable de circulation après les grands lacs. Et pourtant le train n’y prend pas de voyageurs. Oh bien sûr une ligne de chemin de fer y passe mais comme un peu partout elle n’est utilisée que pour le transport de marchandises. Il est bien vrai qu’ici comme aux USA le ferroutage est sans conteste plus développé que chez nous et l’on ne va pas s’en plaindre ; mais le transport de passagers en pâtit. Au fil des ans l’exploitation des lignes pour les déplacements humains a peu à peu été abandonné. Le voyage en train n’est presque plus qu’une affaire de tourisme. Les horaires sont assez aléatoires (en retard ou en avance) : priorité est donnée au fret sur les voies. Situation ubuesque, depuis Thunder Bay le voyageur doit se rendre à 400km à l’Est ou à l’Ouest pour trouver une gare en service : Long Lake ou Sioux Lookout, des villes de quelques milliers d’habitant. Ainsi je me retrouve à Sioux Lookout.

Je laisse écouler quelques heures d’attente dans le bar de la ville. Plus de serveurs que de clients. La situation économique n’est pas joyeuse : les bûcherons ne sont plus légions. Quelques indiens autochtones sont régulièrement mis à la porte par une métis bien en chair après quelques verres ou avant même d’en boire un seul. Je discute un moment à discuter avec un charpentier de retour d’un chantier. Il travaille sur un camp de chasseur au milieu de la forêt. Par soucis d’économies il passe la semaine sur place en tente. Il se plaint des moustiques. Je compatis en pensant à mes jambes dévorées. L’arrivée impromptue d’une chauve-souris vient perturber la passivité ambiante. Une bataille s’engage, elle est assommée par un carton, je me tire pour finir d’attendre le train auprès du cabanon qui sert de gare.

TRAIN

Début de l’Alberta, Holden. Du vent. Deux jours après être descendu du train à Wainwright je parcours les derniers kilomètres de prairie. Du vent. Il vient de face. Il pousse, il pousse. Il annihile tout plaisir à rouler. Il fait beau pourtant. Autour de moi des prairies et des champs, du plat, rien pour l’arrêter lui et un restaurant pour me réfugier moi. Il est midi.

« Country Kitchen » (cuisine de pays) est inscrit sur un panneau. Je ne dirais pas non à un burger en attendant que le vent ne tombe… Je m’installe à une table. Deux menus sont disponibles. Le resto est tenu par deux immigrés de Hong Kong. Je mange chinois. Aux autres tables quelques cowboys retraités sont attablés. Je parle chinois, je sors les quelques mots que je connais. Je gagne la sympathie des patrons. Je passe ici l’après-midi. Le vent continue à souffler.