Archive pour mai, 2009

CANADA – Chemin du Roy

« J’ai descendu au mois d’août dernier en chaise en quatre jours et demi de Montréal à Québec »

Témoignage du grand voyer Lanouiller de Boisclerc, 1735

« J’ai monté au mois de mai dernier en bicycle à pédales en trois jours et demi de Québec à Montréal »

Témoignage du voyageur Sophos de Poisson, 2009

CANADA – L’Etape

Après avoir passé la nuit dans une maison pour sans-abris à Chicoutimi je m’ élançais pour ce que je prévoyais être une belle journée dans le parc des Laurentides. Devant moi plus de 200km avant de relier Québec. Plus de 150 sans rien ou presque : à mi-chemin au bord du lac Jacques Cartier un relai routier était annoncé. Les panneaux l’annonçaient : l’Etape.

La route fut belle, les kilomètres défilaient. Je me sentais bien. De bons accotements me permettaient d’avancer en sécurité, les travaux d’agrandissement de la chaussée m’offraient des morceaux de route encore non ouvertes aux voitures. Le parc présentait ses collines et ses forêts.

La journée avançait et je me voyais me rapprocher aisément du relai. En fin d’après-midi, plus qu’une vingtaine de kilomètres à faire (et déjà plus de 80 de parcourus). Je décidai de pousser le bébé. Je m’imaginais pouvoir me payer un petit plaisir gastronomique dans ce que je pensais être un petit relais de montagne : quoi de plus normal que de terminer l’étape à l’Etape.

Lorsque j’y arrivai la nuit tombait. Je fus déçu. Un MacDo n’aurait pas dépareillé dans le paysage. La petite auberge que mon esprit avait confectionné pour me motiver s’était transformé en aire de repos auto-routière. Sans cesse les voitures des Québécois profitant du weekend prolongé (fête des patriotes dont personne ne fut capable de m’expliquer son origine) s’arrêtaient pour prendre un peu d’essence, un café ou une pause toilettes. Je négociais de passer la nuit au chaud dans le snack de la station.

Le matin je remplaçai mon repas désiré pas un copieux petit déjeuner. Les voyageurs continuaient à défiler. A mesure que les heures avançaient les clients savaient se faire de plus en plus curieux. Je finis par voler la vedette à un ancien ministre de la santé : j’écrivais l’adresse de mon blog sur des morceaux de papier arrachés ici et là alors que lui pouvait circuler quasi-incognito commander son café.

Finalement je quittais ce lieux de civilisation au milieu de la forêt et repris ma route sous un soleil menaçant. Direction Québec.

CANADA – Cyclistes de passage

Au bord d’un lac

La saison est ouverte. Lorsque le soleil brille il ne m’est plus rare du tout de croiser quelques collègues cyclistes. Le plus souvent ils se cantonnent à rouler sur les portions agréables de piste cyclable. Aux USA, même sous le soleil du sud le pédaleur était rare si ce n’est dans un statut de quasi semi-professionnel. Tant et si bien que dans les derniers mois, je n’avais croisé qu’un groupe de 3 cyclovoyageurs le long du golf du Mexique. J’avais été heureux de le voir. Vous pensez donc, il s’agissait des premiers depuis la fin de la Norvège… fin août. Nos chemins allaient en sens opposés, la rencontre fut donc courte.

Cette semaine, en plus des cyclistes du dimanche j’ai rencontré deux voyageurs espagnols partis de Toronto et se rendant à Chicoutimi (où je me trouve à l’heure actuelle) pour revenir ensuite en train à Toronto. Ils voyageaient légers : uniquement des vêtements dans les sacoches, nuits en hôtel et restauration dans les cantines. Ils me rejoignirent alors que je venais de faire une petite pause au bord d’une rivière au court de laquelle, petit plaisir, j’avais substitué mon short à mon pantalon.

Voyager avec eux me donna des ailes. Ils devaient être dans la soirée à Chicoutimi. Je m’amusais à suivre leur rythme et même à ouvrir la route pendant une grosse dizaine de kilomètres. Après 40 km en commun je les libérais au bord d’une fromagerie. Eux continuèrent leur cadence effrénée – 170 kms prévus dans la journée – et moi je profitai du soleil et d’un morceau de fromage de chèvre avant de reprendre la route. Ce faisant malgré le profil montagneux de la route et un petit vent de face, je pus dépasser en fin d’après-midi et sans trop forcer la centaine de kilomètre dans la journée. Une bonne journée.

CANADA – Québécois

Ici on chauffe tout ce qui a un moteur, que ce soit les chars (voitures), les trucks (camions), les 4-pattes (4×4), les VTT (les quads) ou les skidoos (les motoneiges). Moi sur mon bicycle, la journée je ride et parfois je magasine, le midi je lunche et le soir je tente. Stop.

CANDA – Chauffeur de truck

Rejets du fleuve

Les régions un peu perdues le long du Saint Laurent (et encore je ne suis pas allé au bout de la route) n’ont que peu de diversité économique. La terre est rarement riche, si ce n’est en quelques endroits sur les bords du fleuve. Il y avait quelques mines mais elles ferment petit à petit. La nouveauté et le dynamisme est à chercher du côté de l’énergie (hydraulique et éolienne). Proche du triptyque classique administration-commerce-restauration, les activités liées au tourisme sont bien implantées… mais ne sont pleinement opérationnelles que quelques mois par ans.

A la mi-mai, les aires de repos sur les routes n’ont pas encore immergées de leur repos hivernal, les offices de tourisme ne sont pour la plupart pas encore ouverts et les campings affichent portes closes jusqu’à la fin du mois. Les températures commencent à dépasser régulièrement les 10°C et certains jours les 15°C. A 100 ou 200m d’altitude la neige est encore présente et certains lacs finissent à peine de dégeler. A chacun de mes arrêts les gens me répondent la même chose : il commencera à y avoir du monde après la Saint Jean-Baptiste. Les pêcheurs entre autres devront alors commencer à arriver.

Pourtant les routes sont déjà bien encombrées bien plus que la densité de population le laisserait présager. Les camions sont rois. Pour les cyclistes, le gouvernement s’évertue à mettre en place un réseau d’itinéraires cyclables mais il est encore tant morcelé qu’il n’est pas rare de devoir partager la chaussée avec les trucks déboulant en oubliant souvent l’usage des freins. Une voiture ou un camion qui débarque en sens inverse, il vaut mieux pour le cycliste se précipiter sur les bas-côtés de gravelle que de jouer avec la mort.

En Gaspésie je fus chanceux : la période de dégel n’étant pas terminée les véhicules lourds n’étaient pas autorisés à circuler sur certaines routes me laissant le champ libre. Mais après avoir traversé le Saint-Laurent pour monter vers Québec les situations n’étaient pas toujours des plus sécuritaires. Mon rétroviseur sut s’avérer utile, comme toujours.

Les camions sont effectivement légions pour se mettre au service de l’exploitation forestière. J’ai eu l’occasion de discuter avec deux chauffeurs. Le premier avait été victime d’un arrêt cardio-vasculaire et le second d’une rupture d’anévrisme ; tous les deux vers la cinquantaine. En période d’activité, ils tournent six jours par semaine non stop à deux chauffeurs par camion. Les mesures de contrôle des durées de conduite sont inexistantes. Les disques sont présents chez certaines grosses compagnies – a priori pour leurs usages internes – mais les petites compagnies n’en utilisent pas et n’ont pas à le faire. Il vaut mieux pour le cycliste se précipiter sur les bas-côtés de gravelle que de jouer avec la mort.

CANADA – Un gros morceau d’Europe

De vrais trottoirs dans les villes et les villages, des panneaux d’indication, des bornes kilométriques, des chaussées dans un état acceptable malgré le gel et les camions, une volonté d’établir un réseau de piste cyclable : le contraste est saisissant avec les Etats-Unis.

En y ajoutant la présence de nombreuses micro-brasseries de qualité pour la boisson, des fromages et de la vraie charcuterie pour accompagner, et du français pour discuter, je me croirais par moment dans un gigantesque Etat catholique méconnu coincé entre la France, l’Allemagne et la Belgique. Seul l’urbanisme des villes semble rappeler la proximité des Etats-Unis (et peut-être du reste du Canada)

CANADA – Entre deux saisons

Piste cyclable de Gaspé

J’avais commencé l’année en roulant sous le soleil de Floride. J’allais là-bas chercher de l’hébergement dans la charité chrétienne.

A croire que le froid me manquait, je suis monté au nord. Rapidement j’ai collé au printemps. Les semaines s’écoulaient et je remontais les saisons.

Ma rencontre avec les grands lacs fut le retour en hiver. Fin de saison bien sûr, mais froid tout de même.

Les nuits négatives me bottaient le cul pour aller demander le gîte. La pitié invitait les autochtones à me l’offrir.

Main dans la main avec le printemps je suis rentré dans Montréal. Pendant une journée je crus être en été.

Le « Chaleur », train bizarrement nommé qui me porta vers la pointe gaspésienne remonta les saisons pour me déposer à la fin de l’hiver. Sur les plages, au bord des routes, aux flancs des montagnes, dans les jardins la neige fondante venait grossir les flots des rivières, ruisseaux et autres cours d’eau.

Et tous se jetaient dans le fleuve maître.

En cette fin d’hiver et début de printemps la pluie aussi s’abattait sur la Gaspésie. Elle se devait de se mêler au concert aquatique.

Le cycliste trempé du printemps est proche du cycliste frigorifié de l’hiver. Il sait ouvrir les portes.

Il ne me reste qu’à dire que le mauvais temps favorise les rencontres et les petits coins de paradis.