Archive pour février, 2009

USA – Les pyjamas rayés

Hier matin, je me suis réveillé au pied du commissariat qui avait bien voulu me prendre sous son aile pour mon unique nuit en Alabama.

Émergeant de ma tente, je ne m’attendais pas pas à ce spectacle. Une petite huitaine de détenus dans des pyjamas rayés dignes des Daltons – à la couleur prêt – se baladait tranquillement en dehors des murs de leur prison. Certains fumaient leurs clopes pendant que d’autres se contentaient de discuter.

Une fois mon paquetage refait, j’eus l’occasion de discuter avec eux pour découvrir qu’ils attendaient avant de rejoindre une zone de travaux publiques. J’avais vu à plusieurs reprises sur la route des panneaux indiquant des « prisonniers d’état travaillant » mais à chaque fois les chantiers étaient fantômes.

J’avais devant moi quelques délinquants – sûrement quelques histoires minimes – filles ou mecs, blacks, blancs ou hispaniques, jeunes ou vieux. Que dire sinon que ces hommes et ces femmes étaient bien loin de l’image que la culture américaine s’amuse à véhiculer… Souriants, gentils, non-agressifs, accueillants. je crois même avoir aperçu quelques étoiles brillées au fond des yeux de certains lorsque je racontais mon histoire.

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USA – journée cadeaux

Sundance

Il y a des journées assez étranges comme cela, des jours pendant lesquels tout le monde est agréable. Ils peuvent être rares, il faut les apprécier. Lundi dernier fut pour moi un de ceux-là.

Je débutais la journée en me levant dans un lit king size. Fred et Linda, un couple rencontré la veille, m’avait invité à dormir chez eux et à profiter de leur chambre d’amis. J’acceptai bien sûr avec plaisir. Au petit matin donc, j’eus le droit à un petit déjeuner en bonne et due forme avec un petit surplus sous forme de french toast… une bonne manière de commencer la journée. Mes hôtes devant sentir que ma foi n’était pas exemplaire agrémentèrent mon cour séjour de deux petits cadeaux de départ. Le premier fut une bible de poche… instrument indispensable du voyageur états-uniens ; le second, une prière en cercle autour de mon vélo pour me porter chance. Ainsi un peu mieux équipé, je repris la route.

Le midi ce fut un chanteur de country qui me fit le plaisir de son amitié et de quelques CDs. Le soir les pompiers qui m’hébergèrent m’offrirent un T-shirt de leur caserne. Autant vous dire que je ne suis pas à plaindre…

USA – Les cuirs sont de sortis

Mes potes

Ce matin les cuirs sont de sortis. Ma Harley trépigne depuis une semaine dans le garage. Elle est aujourd’hui un peu plus excitée. Elle sait qu’elle va sortir. J’allume les néons du garage et ses chromes se mettent à scintiller. Le lasso s’envole et m’attrape. Sur le réservoir elle affiche fièrement ses origines. Ma machine n’est pas de celle qu’on importe, elle est bâtie pour mon pays. Elle caresse mon égo. Son décolleté laisse apercevoir ses larges poumons. Elle dompte ma virilité. Elle m’appelle à la chevaucher. Je sais que j’y serai bien.

Les gamins sont en garde chez grand-mère. On ne les aura pas dans les pattes du weekend. Je suis sûr qu’ils vont s’amuser avec leur bébé Harley pendant deux jours. Des petites graines d’Atila des routes. Maman ne va plus venir s’immiscer. Elle a maintenant son joujou.

Qu’il était difficile de m’envoler en sentant le sur-poids et le déséquilibre produit par les grosses fesses flasques de cette femme appelée ma femme. Elle a maintenant son Harley. Alors bien sûr il a fallu s’arranger un peu avec le dogme. Son cheval a donc trois pattes ; trois roues qui lui permettent de garder son équilibre qu’elle aurait si précaire autrement. (Remarquez au passage que cela me permet de pouvoir m’évader librement le dimanche matin en bike à pédales). Elle continue à nous suivre mais elle n’intervient plus. Je suis libre de mes ébats.

Mon pantalon de cuir noir est enfilé depuis longtemps. Je me colle ma barbe postiche au visage, je me saisis de ma veste avec un aigle sur le dos. Mes lunettes noires sur le nez, me voici parti pour mon moment de liberté.

USA – Le « visitor pack »

Lorsque je me trouvais en Sibérie, j’avais une technique quasi-infaillible pour trouver un endroit au chaud pour dormir : chercher l’ « administratcet » (la mairie). Les rares fois où elle n’a pas fonctionné fut lorsque je me suis retrouvé au pied de l’édifice en dehors des horaires d’ouverture. Pour le reste ou bien la mairie me dégottait un endroit où dormir ou bien quelqu’un proposait de m’héberger avant même de parvenir au siège de l’administration.

Aux États-Unis, je commence maintenant à expérimenter de nouveaux procédés. J’en appelle à la charité chrétienne. J’ai remplacé l’administration russe par la foi américaine. Le résultat est le même. On m’ouvre la porte.

Le mercredi et le dimanche soir, c’est donc église. Qu’elle soit de Dieu, des Premiers Baptistes, des Saints des Derniers jours, Catholique, Méthodiste, …

USA – Au frais

Aux croisements

« La Floride est un grand pancake plat »… une bonne crêpe bretonne moitié artisanale moitié industrielle. Les longues lignes droites se succèdent les unes aux autres. Je suis passé de l’extraordinaire platitude des marais sauvages du sud de la Floride à la morne lassitude des plantations d’oranges ; du plaisir à rouler avec des alligators comme spectateurs à l’inquiétude permanente face aux fauves à quatre roues (toutes motrices).

On m’avait bien prévenu à Miami : « la Floride devrait être le pire de ce que tu rencontreras comme conditions de route ». Mon prophète n’avait pas tord. Il me tarde de retrouver une situation plus agréable. Mes informateurs à droite à gauche, théoriciens du complot ou voyageurs au long court m’ont tous vanté la vielle route 90. Encore quelques jours et j’y serai.

Pour le moment, il faut me faire, comble de l’histoire pour moi qui était venu ici trouver de la chaleur, avec une température tournant aujourd’hui aux alentours des 5 ou 6° et un vent de malheur qui s’efforce de me faire face. Chaque départ s’annonce comme une petite bataille. J’enfourche mon destrier, visse ma casquette sur ma tête, fixe mes écouteurs à mes oreilles, avale une rasade de liqueur aquatique, inspire un bon coup puis m’élance.

USA – Safari en Floride

Au chaud

Le long de la route les alligators se dorent la pilule au soleil. A mesure que je perse les marais, des nuées d’ibis et hérons de toutes sortes m’ouvrent le chemin. Des panneaux de signalisation annoncent une zone d’activité de panthères. Les 4×4 me doublent sur le côté.

Je suis sur la route et voici que se dressent de part en part des grilles de haute sécurité. Je suis coupé de la nature environnante ; je roule dans un couloir de la peur. Je ne vois pas de félin, mais je me prépare à chaque instant à la perspective d’en découvrir un bondissant sur le grillage. Tout me pousse à me hâter. Ne pas m’arrêter – quitter les panthères.

Le couloir s’évapore. Je suis plongé dans un hameau de quelques maisons. Je dormirai ici. La peur a disparu.