Archive pour décembre, 2008

FRANCE – D’où viens-tu ?

Un peu de mal du pays, la perspective de me retrouver avec le vent de face pour rejoindre Vladivostok, la gentillesse excessive des russes, de la lessive à faire, le besoin de discuter, l’augmentation de la circulation dans l’Est, le retour à la civilisation, l’envie de jouer un tour à ma famille…

Voici quelques unes des pensées qui me sont passées par la tête alors que j’arrivais à Khabarovsk. Une crevaison et un pot de colle à résines explosé s’ajoutant à une froide nuit passée dans un 35 Tonnes avec des routiers m’invitèrent à m’immobiliser quelques jours. Avais-je vraiment envie de rejoindre Vladivostok ? Ce n’était qu’un prétexte à la Sibérie et un point de passage pour autre chose. N’avais-je pas satisfait mon désir de Sibérie par ce long mois passé dans le Far-East ? Je le pensais.

Ce fut donc sans regret que je pris cette décision de m’en retourner en France pour les fêtes.

Une mauvaise réservation, trois vols et un RER plus tard je débarquais aux Halles à Paris. Le voyage me permit de tranquillement repenser à ces six mois et demi qui m’avaient conduit jusqu’au fin fond de la Russie. Je les remontais à la vitesse de mes avions. Et pourtant lorsque je débarquais dans les rues de la capitale, comme une version anglaise du film que j’avais vécu, on m’interpella de cette phrase entendues des centaines de fois en langue russe « Where do you come from ? ». L’accent était français. « Laisse tomber  l’anglais mec, je suis français ! »

Aucune mauvaise nostalgie, et surtout je sais que dans quelques semaines je reprendrai la route. Reste à fixer la destination. Le Canada demeure encore mon envie du moment…

SIBERIE – Le retour du garde à manger

Un peu de graisse

J’avais décrit mon garde à manger lorsque je me trouvais en Europe du Nord. En y repensant cette semaine sur la route, les conditions climatiques et le mode de vie russe l’ont bien changé.

Les fruits et légumes frais ont quasiment disparu. Je mange à peine un fruit par jour, pomme ou orange. Un magasin sur deux dans lesquels je m’approvisionne n’en vend même pas. Et il me faut les protéger de la congélation.

Les -20° quotidiens dans lesquels je suis plongé depuis un mois et demi m’obligent à adopter une nouvelle stratégie de vie. Dans mes poches je glisse donc les fruits lorsque je peux en acheter, et sous ma veste j’abrite ma nourriture fraiche dans un sachet. A l’intérieur, on y trouve du pain – gris le plus souvent – un morceau de saucisson/cervelas, un yaourt de temps en temps et puis du salo. Le salo est un des compagnons préférés avec la vodka du travailleur sibérien. Il s’agit de morceaux de couenne de porc bien gras préparés avec parfois un peu d’herbes et salés à souhait.

Dans mes sacoches, en fouillant un peu il y reste encore un peu de farine, des flocons d’avoine et un paquet de pâtes. Pour accompagner ces vestiges de ma première vie cycliste je stocke deux ou trois conserves – pâté, lait concentré – collectées au hasard des mes arrêts et des gâteaux secs pour grignoter.

Une fois sur la route, je ne déjeune pas véritablement mais coupe ma journée de pauses régulières que je minimise en durée pour éviter de me refroidir. Je m’alimente alors en sortant mon trésor de dessous ma veste et m’hydrate en buvant une tasse de thé – chaud le matin, froid en fin d’après-midi. Une première thermos conserve mon thé, un seconde me permet de garder de la soupe pour la soirée.

Et ainsi je vis.

SIBERIE – Partie de chasse – 06/12/2008

Partie de chasse

J’hésitais quand au choix du titre pour ce billet avec « Chasse à la kalachnikov ». J’ai finalement tranché en hommage à l’excellente BD éponyme de Christin et Bilal (J’ai un doute sur le fait que ce soit Christin au scénario, mais l’amateur de passage saura me corriger si je me trompe). Mon histoire est bien-sûr moins dramatique.

Après une longue traversée de la forêt sibérienne, j’ai changé hier de décor. Autour de moi maintenant la steppe désertique s’étend à perte de vue. Et ce fut ma source d’inquiétude hier. J’étais parti confiant : ma carte me faisait espérer de nombreux villages bordant la route. Il n’en était rien. La nuit tombait après une longue journée sibérienne – 65 km – , je commençais à envisager d’arrêter un camion, et puis l’espoir prit la forme d’un panneau indiquant un village à quelques kilomètres de la route principale. Arrivé au village, j’y croisais quelques vaches. Je tentais de m’informer auprès d’une passante pour trouver la mairie, espérant m’y réfugier. Elle m’envoya balader me faisant comprendre que j’allais dormir dans la rue. Deuxième essai avec un homme du village, il ne décrocha pas un mot. Rien de bon à première vue. Je m’en suis donc allé frapper à la première porte du village. La grand-mère (aka baboucka en russe) que j’y trouvai me conduisit dans une maison abritant des bucherons saisonniers. Un lit n’attendait que moi. Je m’installai et commençais à boire et à manger avec mes nouveaux camarades. Lire le reste de cette entrée »

SIBERIE – Sous le froid – 03/12/2008

Voici presque un mois que je me trouve en Sibérie. J’y ai multiplié les lieux de couche, j’y ai maudit plus d’une fois la route fédérale, je n’avance pas vite, mais c’est réellement un plaisir particulier de rouler ici.
La nature est hostile, l’homme y est rude et particulièrement porté sur la vodka. Chaque kilomètre me permet de prendre la mesure de la difficulté d’apprivoiser ce territoire. Je sais néanmoins qu’au bout de ma journée je trouverai un cocon de chaleur où je pourrai dormir comme un bébé. Hôtel, école, mairie, maison de repos, restaurant, chez l’habitant, usine, gare, maisons de bucheron, cabane de travailleurs… peu importe le confort si le lieu sait être chaud et les gens accueillant.
J’essaye d’éviter autant que possible la route fédérale qui me fait passer de petits espoirs à la taille des portions d’asphaltes que je peux chevaucher à de grands calvaires lorsque la pierraille fait son apparition (beaucoup trop souvent à mon gout). Mais j’avance. Le climat se réchauffe un peu à mesure que je me rapproche de la mer. Sur les bas-côtés, la couche de neige s’est réduite à quelques dizaines de centimètres, la civilisation refait son apparition. La Chine est à une porté de flèches. Pour preuve, dans l’hôtel où je dors ce soir – nuit d’hôtel à moitié sponsorisé par une dame rencontrée en chemin – le savon et le shampoing sont chinois.
Pourtant, ça devrait être tout ce que je verrais de la Chine. Je suis de plus en plus persuadé que ma route va me mener vers le Canada.

SIBERIE – Fichue route – 25/11/2008

Je pensais avoir connu le pire de ce que la Russie pouvais offrir dans l’Est. Je dois revoir ma position.
Voici un peu plus d’une centaine de kilomètres que j’ai rejoint la route « fédérale », l’autoroute qui mène vers l’Est. Nous somme bien loin du standard des voies rapides. La sibérie est la seule région que je connaisse où les routes secondaires s’avèrent être en meilleur état que les les routes principales
La route alterne entre portions gravillonnées où les graviers ont la taille du poing et pistes de terre battue défoncées par les camions de passage. J’ai la désagréable impression d’être sur un tape-cul permanent. A chaque coup de pédale répondent dix secousses. Je ressens si bien chacune de ces secousses du bout de mes doigts jusqu’à mon fessier, que je dois avouer ici ma première défaillance, le premier moment où j’ai laissé échapper jurons de tout genre et où un sentiment de ras-le-bol a pu germer dans mon esprit.
Mais j’ai maintenant pris du recul sur cette difficulté. Plus qu’une trentaine de kilomètre et je devrais retrouver de l’asphalte. Quel bonheur !

PS : J’ai bien retrouvé de l’asphalte, mais pour quelques dizaines de kilomètres seulement. Depuis quelques jours, c’est ainsi, de faux espoirs asphaltés auxquels répondent de longues portions de calvaires. Les informations que j’arrive à obtenir des russes se contredisent. Aujourd’hui j’ai à nouveau l’espoir de retrouver de l’asphalte de façon définitive dans quelques dizaines de kilomètres. Je verrai bien.

SIBERIE – Bucherons russes – 23/11/2008

Bucherons russes

Je viens de quitter Tinda. Je suis encore dans l’expectative. Je ne sais pas quel sera mon rythme, je ne sais pas comment je vais survivre, je ne sais pas où je vais dormir ; mais je suis bien heureux de retrouver mon vélo, repartir dans ce froid qui m’a tant plu du côté du lac Baïkal, parcourir à nouveau cette grande Sibérie enneigée. Après une petite semaine de vélo du côté du lac et sur les conseils des russes rencontrés, j’avais réalisé un saut dans l’Est jusqu’à la ville de Tinda à partir de laquelle je devrais pouvoir rejoindre des zones moins sauvages.

Je ne pensais pas rester plus d’une nuit à Tinda, mais en m’interpelant dans la rue alors que je quittais la ville le patron de la télé locale en a décidé autrement. Ne reculant pas devant la perspective de mes cinq minutes de gloire, j’acceptais sa proposition d’interview. Je ne vais pas rentrer dans les détails. En résumé, je passais la journée dans les studios discutant à tout va, enregistrant de temps en temps et je dormis chez Pacha l’ingé-son, et sa femme, fan d’Elvis, couple adorable et intelligent. Voici pour Tinda. Point à la ligne. Lire le reste de cette entrée »

SIBERIE – Le Far-East – 17/11/2008

De l’alcool, de la violence, de la prostitution. Je crois bien que la Russie m’offre son far-east dans cette Sibérie sauvage à quelques centaines de kilomètres du nord du lac Baïkal.

Lioucha avait proposer d’embarquer machine et cycliste à quelques kilomètres de sa ville. La nuit était tombée et je ne me réjouissais guère à l’idée de parcourir les derniers kilomètres sur la route enneigée. J’acceptais avec plaisir après avoir arraché mon passe-montagne qui s’était collé à ma barbe avec le froid. Mon premier voyage en mastodonte russe de la route.
Une dizaine de minutes plus tard nous étions assis autour d’une table dans sa petite maison. Au centre, le poêle à bois nous faisait profiter de sa bienfaisante chaleur après cette journée à -30°C. Il me racontait ses histoires de soldat en Afghanistan et au Vietnam, je parlais de mon voyage. Sur la petite table, Lioucha faisait se succéder poissons et gibiers qu’il sortait du congélateur extérieur. Et nous buvions de la vodka, verre après verre, bouteille après bouteille. Nous terminâmes tout deux la première soirée bien éméchés.

Au levé du second jour, je me préparais, pensant reprendre la route ; c’était sans compter sur mon hôte qui voulait me faire déguster tous les plaisirs de la région. De nouvelles bouteilles de vodka prirent rapidement place sur la table. Midi approché et nous avions déjà vidé quelques bouteilles. Lioucha me quitta. Je pensais à tord qu’il allait se procurer de nouvelles munitions. Il revint avec deux filles qu’il me présenta comme filles de joie.
La journée se poursuivit ainsi. Dans un coin de la datchka, un vieux magnétophone laissait échapper d’une K7 tournant en boucle quelques chansons russes. Autour de la petite table prostitués et amis se succédaient, et au sol s’accumulaient les cadavres de bouteilles. Je quittais la maison un moment pour laisser mon hôte à son affaire avec une des filles. Lorsque je revins le manège repris de plus bel. Dans la soirée, Lioucha agrémenta l’ambiance de menaces physiques envers amis et prostituées. Dans tout ça, je m’efforçais de limiter mon état d’ébriété.

Après une pause entre deux heures et huit heures du matin, lorsque la maisonnée fut réveillée, la vodka coulait à flot à nouveau. Je réussis finalement à m’extirper de chez mon hôte sur les coups de 16h. Cela faisait trois jours que les robinets étaient ouverts. Rien ne laissait présager qu’ils allaient s’arrêter là.

De mon côté, mon destin devait me conduire à passer la nuit dans la gare voisine sous la protection de la police, mais sans que ça n’ait de relations avec mon aventure Lioucha-ienne.