Archive pour Siberie
USA – Le “visitor pack”
Lorsque je me trouvais en Sibérie, j’avais une technique quasi-infaillible pour trouver un endroit au chaud pour dormir : chercher l’ « administratcet » (la mairie). Les rares fois où elle n’a pas fonctionné fut lorsque je me suis retrouvé au pied de l’édifice en dehors des horaires d’ouverture. Pour le reste ou bien la mairie me dégottait un endroit où dormir ou bien quelqu’un proposait de m’héberger avant même de parvenir au siège de l’administration.
Aux États-Unis, je commence maintenant à expérimenter de nouveaux procédés. J’en appelle à la charité chrétienne. J’ai remplacé l’administration russe par la foi américaine. Le résultat est le même. On m’ouvre la porte.
Le mercredi et le dimanche soir, c’est donc église. Qu’elle soit de Dieu, des Premiers Baptistes, des Saints des Derniers jours, Catholique, Méthodiste, …
SIBERIE – Le retour du garde à manger
J’avais décrit mon garde à manger lorsque je me trouvais en Europe du Nord. En y repensant cette semaine sur la route, les conditions climatiques et le mode de vie russe l’ont bien changé.
Les fruits et légumes frais ont quasiment disparu. Je mange à peine un fruit par jour, pomme ou orange. Un magasin sur deux dans lesquels je m’approvisionne n’en vend même pas. Et il me faut les protéger de la congélation.
Les -20° quotidiens dans lesquels je suis plongé depuis un mois et demi m’obligent à adopter une nouvelle stratégie de vie. Dans mes poches je glisse donc les fruits lorsque je peux en acheter, et sous ma veste j’abrite ma nourriture fraiche dans un sachet. A l’intérieur, on y trouve du pain – gris le plus souvent – un morceau de saucisson/cervelas, un yaourt de temps en temps et puis du salo. Le salo est un des compagnons préférés avec la vodka du travailleur sibérien. Il s’agit de morceaux de couenne de porc bien gras préparés avec parfois un peu d’herbes et salés à souhait.
Dans mes sacoches, en fouillant un peu il y reste encore un peu de farine, des flocons d’avoine et un paquet de pâtes. Pour accompagner ces vestiges de ma première vie cycliste je stocke deux ou trois conserves – pâté, lait concentré – collectées au hasard des mes arrêts et des gâteaux secs pour grignoter.
Une fois sur la route, je ne déjeune pas véritablement mais coupe ma journée de pauses régulières que je minimise en durée pour éviter de me refroidir. Je m’alimente alors en sortant mon trésor de dessous ma veste et m’hydrate en buvant une tasse de thé – chaud le matin, froid en fin d’après-midi. Une première thermos conserve mon thé, un seconde me permet de garder de la soupe pour la soirée.
Et ainsi je vis.
SIBERIE – Partie de chasse – 06/12/2008
J’hésitais quand au choix du titre pour ce billet avec « Chasse à la kalachnikov ». J’ai finalement tranché en hommage à l’excellente BD éponyme de Christin et Bilal (J’ai un doute sur le fait que ce soit Christin au scénario, mais l’amateur de passage saura me corriger si je me trompe). Mon histoire est bien-sûr moins dramatique.
Après une longue traversée de la forêt sibérienne, j’ai changé hier de décor. Autour de moi maintenant la steppe désertique s’étend à perte de vue. Et ce fut ma source d’inquiétude hier. J’étais parti confiant : ma carte me faisait espérer de nombreux villages bordant la route. Il n’en était rien. La nuit tombait après une longue journée sibérienne – 65 km – , je commençais à envisager d’arrêter un camion, et puis l’espoir prit la forme d’un panneau indiquant un village à quelques kilomètres de la route principale. Arrivé au village, j’y croisais quelques vaches. Je tentais de m’informer auprès d’une passante pour trouver la mairie, espérant m’y réfugier. Elle m’envoya balader me faisant comprendre que j’allais dormir dans la rue. Deuxième essai avec un homme du village, il ne décrocha pas un mot. Rien de bon à première vue. Je m’en suis donc allé frapper à la première porte du village. La grand-mère (aka baboucka en russe) que j’y trouvai me conduisit dans une maison abritant des bucherons saisonniers. Un lit n’attendait que moi. Je m’installai et commençais à boire et à manger avec mes nouveaux camarades. Lire la suite »
SIBERIE – Sous le froid – 03/12/2008
Voici presque un mois que je me trouve en Sibérie. J’y ai multiplié les lieux de couche, j’y ai maudit plus d’une fois la route fédérale, je n’avance pas vite, mais c’est réellement un plaisir particulier de rouler ici.
La nature est hostile, l’homme y est rude et particulièrement porté sur la vodka. Chaque kilomètre me permet de prendre la mesure de la difficulté d’apprivoiser ce territoire. Je sais néanmoins qu’au bout de ma journée je trouverai un cocon de chaleur où je pourrai dormir comme un bébé. Hôtel, école, mairie, maison de repos, restaurant, chez l’habitant, usine, gare, maisons de bucheron, cabane de travailleurs… peu importe le confort si le lieu sait être chaud et les gens accueillant.
J’essaye d’éviter autant que possible la route fédérale qui me fait passer de petits espoirs à la taille des portions d’asphaltes que je peux chevaucher à de grands calvaires lorsque la pierraille fait son apparition (beaucoup trop souvent à mon gout). Mais j’avance. Le climat se réchauffe un peu à mesure que je me rapproche de la mer. Sur les bas-côtés, la couche de neige s’est réduite à quelques dizaines de centimètres, la civilisation refait son apparition. La Chine est à une porté de flèches. Pour preuve, dans l’hôtel où je dors ce soir – nuit d’hôtel à moitié sponsorisé par une dame rencontrée en chemin – le savon et le shampoing sont chinois.
Pourtant, ça devrait être tout ce que je verrais de la Chine. Je suis de plus en plus persuadé que ma route va me mener vers le Canada.
SIBERIE – Fichue route – 25/11/2008
Je pensais avoir connu le pire de ce que la Russie pouvais offrir dans l’Est. Je dois revoir ma position.
Voici un peu plus d’une centaine de kilomètres que j’ai rejoint la route « fédérale », l’autoroute qui mène vers l’Est. Nous somme bien loin du standard des voies rapides. La sibérie est la seule région que je connaisse où les routes secondaires s’avèrent être en meilleur état que les les routes principales
La route alterne entre portions gravillonnées où les graviers ont la taille du poing et pistes de terre battue défoncées par les camions de passage. J’ai la désagréable impression d’être sur un tape-cul permanent. A chaque coup de pédale répondent dix secousses. Je ressens si bien chacune de ces secousses du bout de mes doigts jusqu’à mon fessier, que je dois avouer ici ma première défaillance, le premier moment où j’ai laissé échapper jurons de tout genre et où un sentiment de ras-le-bol a pu germer dans mon esprit.
Mais j’ai maintenant pris du recul sur cette difficulté. Plus qu’une trentaine de kilomètre et je devrais retrouver de l’asphalte. Quel bonheur !
PS : J’ai bien retrouvé de l’asphalte, mais pour quelques dizaines de kilomètres seulement. Depuis quelques jours, c’est ainsi, de faux espoirs asphaltés auxquels répondent de longues portions de calvaires. Les informations que j’arrive à obtenir des russes se contredisent. Aujourd’hui j’ai à nouveau l’espoir de retrouver de l’asphalte de façon définitive dans quelques dizaines de kilomètres. Je verrai bien.





