Vagabondage autour du monde de Romain P

Sophos Blog pour un Sophos Tour autour du monde (en vélo)

Archive pour Québec

CANADA – Au bout de la route

Mont-Laurier → Val d’Or : 296km pour passer d’une période de colonisation des territoire du Nord à l’autre, pour passer de l’exploitation forestière primaire aux gisements d’Or et de cuivre.

Pour me rendre à Mont-Laurier, j’ai profité d’une petite merveille de piste cyclable qui a pris la place depuis quelques années de l’ancienne ligne de chemin de fer. 230Km asphalté ou de chemins bien entretenus passant de vallée en vallée au milieu de la foreêt.

Quittant Mont-Laurier, bientôt ce fut le quasi-vide humain. Un trou comblé par le parc de la Vérandrye : planète de forêts et de lacs au sein d’un univers de forêts et de lacs. Plus de 200km de transition au milieu de ce paradis de pêcheurs, chasseurs ou amateurs de canot-camping.

Le parc est passé, et voici Val d’Or. Les amérindiens cohabitent avec les immigrants. La ville est grande. La rue principale est une ruche d’activité. Ce Klondike du Nord-Ouest que je dois encore découvrir.

CANADA – Crédit douche

Dans la vie d’un vagabond cycliste, il y a deux luxes : dormir au chaud par une fraiche nuit d’hiver (voir de printemps lorsque le précédent tarde à s’envoler) et pouvoir prendre une douche par semaine.

Bien se laver une fois par semaine, je n’en demande pas plus. Pour le reste je m’arrange pour faire un brin de toilette régulièrement au pied d’une rivière ou à un lavabo croiser sur la route. Et puis quelques fois les opportunités de prendre des douches se condensent et se multiplient. Aux Etats-Unis surtout, souvent lorsqu’on me proposait de me laisser la salle de bains, je me voyais réfléchir et raisonner d’une bien étrange manière : je me suis douché voici deux jours, je veux bien votre salle de bain, mais pour dans trois jours.

Combien de fois j’aurais souhaité pouvoir créditer ce qui pour moi était du surplus de douches sur un compte pour ensuite les débiter en période de disette. Et cette semaine encore sur la piste cyclable du p’tit train du Nord, chaque jour des douches me tendaient les bras dans les anciennes gares aménagées le long de cette ancienne ligne de chemin de fer de 230km. Bien trop pour moi, bien trop…

CANADA – Un plat comme il faut

Dans la nourriture du cycliste, les pâtes ont une place sacrée. On ne saurait imaginer Lance Amstrong gagnant un huitième tour de France consécutif (dans la continuité de sa carrière…) sans pour l’aider dans sa tâche un bon plat de pastas préparé par les meilleurs diététiciens.

Depuis que je suis parti j’en ai avalé des kilos de macaronis ou autre spaghettis (même si je ne suis pas fan de ces dernières). Mais voici une chose bien étrange : une bonne quinzaine de jours après avoir quitté Québec-ville, je n’ai toujours pas entamé le kilo de pâtes que j’avais acheté sur place.

Bien sûr il faut voir ici – en parti – une certaine fatigue du froid persistant qui m’a poussé plus que de coutume à aller dévorer quelques poutines (plat sur le pouce de frites et de fromage fondu pouvant être diversement agrémenté) dans les cantines croisées sur mon chemin, mais c’en est pas l’unique raison.

J’avais commencé à manger des flocons d’avoine alias du gruau, alias du porridge, alias oatmeal, alias du truc bon pour les chevaux comme complément/dessert de mon alimentation. Les semaines et les mois passant voici l’avoine devenu un de mes mets principaux : je me rapproche de plus en plus de l’état de mule.

Yeux sensibles s’abstenir, voilà la recette ultime qui est sorti de mes casseroles depuis quelques jours.

  • Faire bouillir deux tasses d’eau – pour un plat plus ultime qu’ultime, l’idéal serait de faire une tasse d’eau et une tasse de lait non écrémé.
  • Y ajouter tout en mélangeant une tasse de flocons d’avoine en maintenant le tout à feu doux
  • Mélanger jusqu’à obtenir la viscosité souhaitée
  • Retirer du feu
  • Ajouter un cuillère à soupe et demi de sucre en poudre
  • Adjoindre deux cuillères à soupe de riz (préalablement cuit… j’en stocke en réserve dans mon thermos)
  • Malaxer pour obtenir une densité uniforme de grains de riz
  • Pour parfaire, oser incorporer au mélange une grosse grosse poignée de pétales de maïs (des corn flakes quoi !)
  • Déguster pendant que c’est encore chaud

Entourer ce plat d’un légume en entrée et d’un fruit en dessert et voici un repas du soir qui permettrait à Lance de gagner le Giro en plus du Tour de France.

CANADA – Chemin du Roy

« J’ai descendu au mois d’août dernier en chaise en quatre jours et demi de Montréal à Québec »

Témoignage du grand voyer Lanouiller de Boisclerc, 1735

« J’ai monté au mois de mai dernier en bicycle à pédales en trois jours et demi de Québec à Montréal »

Témoignage du voyageur Sophos de Poisson, 2009

CANADA – L’Etape

Après avoir passé la nuit dans une maison pour sans-abris à Chicoutimi je m’ élançais pour ce que je prévoyais être une belle journée dans le parc des Laurentides. Devant moi plus de 200km avant de relier Québec. Plus de 150 sans rien ou presque : à mi-chemin au bord du lac Jacques Cartier un relai routier était annoncé. Les panneaux l’annonçaient : l’Etape.

La route fut belle, les kilomètres défilaient. Je me sentais bien. De bons accotements me permettaient d’avancer en sécurité, les travaux d’agrandissement de la chaussée m’offraient des morceaux de route encore non ouvertes aux voitures. Le parc présentait ses collines et ses forêts.

La journée avançait et je me voyais me rapprocher aisément du relai. En fin d’après-midi, plus qu’une vingtaine de kilomètres à faire (et déjà plus de 80 de parcourus). Je décidai de pousser le bébé. Je m’imaginais pouvoir me payer un petit plaisir gastronomique dans ce que je pensais être un petit relais de montagne : quoi de plus normal que de terminer l’étape à l’Etape.

Lorsque j’y arrivai la nuit tombait. Je fus déçu. Un MacDo n’aurait pas dépareillé dans le paysage. La petite auberge que mon esprit avait confectionné pour me motiver s’était transformé en aire de repos auto-routière. Sans cesse les voitures des Québécois profitant du weekend prolongé (fête des patriotes dont personne ne fut capable de m’expliquer son origine) s’arrêtaient pour prendre un peu d’essence, un café ou une pause toilettes. Je négociais de passer la nuit au chaud dans le snack de la station.

Le matin je remplaçai mon repas désiré pas un copieux petit déjeuner. Les voyageurs continuaient à défiler. A mesure que les heures avançaient les clients savaient se faire de plus en plus curieux. Je finis par voler la vedette à un ancien ministre de la santé : j’écrivais l’adresse de mon blog sur des morceaux de papier arrachés ici et là alors que lui pouvait circuler quasi-incognito commander son café.

Finalement je quittais ce lieux de civilisation au milieu de la forêt et repris ma route sous un soleil menaçant. Direction Québec.

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